
J’appuyai sur « PAUSE »
Je fus subitement pris d’une nausée et d‘un vertige indéfinissables. Pourtant j’étais là, bien confortable dans mon fauteuil dont le moelleux m’enveloppait presque le cerveau.
Je déposai la télécommande sur la table et me levai. J’avais besoin d’une bouffée d’inspiration froide pour me rafraîchir l’intérieur du crâne. J’ouvris la fenêtre et offrit ma tête aux flocons de neige.
Quelqu’un avait glissé ce dvd sous ma porte ; j’avais pensé à un cadeau secret de la part de l’un de mes élèves très épris actuellement des films d’actions avec des effets spéciaux à en couper le souffle. Mais le film avec sa simplicité est doté d’un réalisme tranchant… Et ce crépitement dans mes neurones me dit que j’ai une impression de déjà vu, voire même de déjà vécu.
Lors de mes dernières séances chez mon psychiatre, celui-ci m’avait hypnotisé, dernier recours pour dévoiler quelques morceaux de ma mémoire perdue mais sans succès, toutes les tentatives étaient vaines. Je ne me souvins de RIEN. Lui-même, je l’avais senti, avait perdu espoir et m’a gentiment convaincu de saisir cette nouvelle chance de revivre après mon accident et de recréer ma nouvelle palette de souvenirs.
L’envie de vomir persistait, je courus vers les toilettes et les scènes du film défilèrent à nouveau… Je ne comprenais plus rien.
Je passai vite faite ma tête sous le robinet dans un dernier essai pour éliminer le malaise avant de regagner mon fauteuil.
Je me répétai une dernière fois ma phrase salvatrice : Je suis encore vivant malgré le long tunnel de coma que j’ai traversé, c’est l’essentiel.
J’appuyai sur « PLAY ».
24Faubourg, à toi ;-)
Libellés : Jeu




Son cœur plein à craquer
La phobie du vide le remplit à l’étirer
Pour le remplir encore
Il a mal
Et Elle lutte
Elle emprunte des forces aux objets, au néant, aux exemples, aux livres, aux discours, aux personnages
Elle arrache l’oxygène aux arbres
Il regarde le ciel, la bouche grande ouverte
Il attend son rendez-vous avec la pluie
Elle imite le sourire des gens heureux pour cacher le rictus de la douleur
Le décolle de ses lèvres et le fixe sur la bouche de l’autre
Qui lutte
Pour exister un jour de plus
En attendant que le sourire qu’Elle imite finisse par lui appartenir
Pour inspirer du vert
Et expirer le mal
Elle lutte
Contre les fils qui s’emmêlent autour de son cerveau
Il lutte
Pour que son regard continue à veiller sur Elle
Une minute de plus
Pour la minute d’après
Ils s'envoient leurs dernières pensées
Avant qu’elles ne soient ensevelies
Avant qu’elles ne deviennent cendre



